The seagulls land on the sand, hop till they
gather forming a quincunx facing the sea. Their beaks gape but no sound comes
out. The waves mount reaching their feet. A woman in a scarlet raincoat with a
small fluffy white dog approaches. They stay at a distance mindful of the
secret ceremony. A gust of wind endows the birds with tufts and almost lift
them all up to vanish into thick air. I see them through my lens slightly overlooking
my newly found subjects as I stand on a big black rock near the peer. The light
is perfect just after the sun has risen. The seagulls and the woman and her dog
as subjects of my picture? Or the luminescent cloudy sky? I step back to
attempt a capture. Comes then in my scope an elderly man sitting a little below
me. I put my focus on him: his image blurry at first becomes distinct: he is
smiling, a thin mysterious smile. I click.
dimanche 25 septembre 2016
jeudi 25 août 2016
Mine de rien
Cinquième épisode de ma série estivale.
Je me suis vite ressaisi après son
départ. Dans la place jusque-là déserte, est apparue une vieille dame presque
courbée en deux qui a sorti de son cabas un sac en plastique, a plongé la main
dedans, et a éparpillé des miettes de pain comme un magicien peut semer des
confettis. J’avais entendu parler de ce tour par mes parents, mes congénères
aussi parce qu’une nuée d’entre eux qui se prélassaient dans la fontaine l’a soudain
cernée. Ils se sont mis à picorer comme si leur vie en dépendait, mine de rien,
aurait rajouté ma mère. Je les ai observés un moment absorbés par leur pitance,
se bousculant, se piétinant, se dépêchant pour ne pas rater le moindre morceau.
Ils m’ont fait penser aux pauvres humains fonçant dans le métro. Impossible de
les arrêter, impossible de leur parler. Je les ai laissés entre eux, un dernier
regard sur eux avant de sortir moi aussi de la place. Au bout d’un certain
temps, je me suis engagé dans une série de rues et des ruelles, alternance de forêts
de chaussures et de plaines silencieuses. Lorsque la cloche a sonné 8H, je me
suis engagé dans une rue déserte dont les lampadaires encore allumés lui
donnait un aspect irréel. Je ne savais pas encore quelle vision étrange m’attendait.
lundi 15 août 2016
La place
Quatrième épisode de ma série estivale.
L’homme à l’harmonica avait plongé
dans la foule mais la taille imposante de son crâne et sa chevelure bicolore m'avait d'abord
permis de ne pas le perdre de vue. J’ai continué à avancer au milieu d’encore
plus de pieds trépignants et sautillants autour de moi (Je ne pensais pas que ça
pouvait être possible). J’essayais juste de ne pas me faire écraser. Petit à
petit la forêt de pieds s’est faite plus clairsemée, une paire de chaussures ou
deux de loin en loin. L’homme à l’harmonica, qui avait ensuite presque disparu en se transformant en un point à l’horizon, est redevenu
une silhouette, une figure et enfin des bottines vertes vernies. On était sur une
place avec deux bancs face à face. Il s’est assis sur l’un d'eux et m’a fait signe de
monter le rejoindre.
– Avant de commencer ma journée de
travail, il fallait que je vous parle. Je vous ai vu désemparé tout à l’heure
dans le métro. J’ai l’habitude de regarder autour de moi plutôt que, hem hem,
foncer droit devant moi. Le métro a ses charmes que le commun des mortels ne
perçoit pas. J’ai l’impression, dites-moi si je me trompe, que vous êtes un
nouveau venu dans cette ville, que vous n’y êtes pas encore initié. Moi qui y
habite depuis une quarantaine d’années, la connaît comme loup blanc, je dois
vous mettre en garde contre certaines pratiques, certains lieux. Peut-être ce
que je vais vous dire vous servira-t-il d’avertissement avant que vous entriez
dans le monde. Du fait de mon âge, j’ai vu beaucoup de hem situations humaines
hem différentes. Il faut dire que mon métier m’a également permis de voir bien
du monde. Je suis perruquier. J’en ai vu défiler des têtes et des cheveux.
Réalisez un postiche et vous connaîtrez l’âme de votre client avait l’habitude
de dire mon père. Ah le paternel, il
nous a quitté il y a vingt ans mais ce qu’il m’a légué comme pensées reste
gravé dans ma mémoire. Mais je dois avouer que j’ai beaucoup parlé et l’heure
tourne, vous devez commencer vos aventures et moi partir travailler. Différents
lieux, différentes mœurs… Gardez en mémoire la complexité de la nature humaine.
Certaines personnes mauvaises sont celles-là même qui peuvent vous étonner en
ayant des éclairs de bonté et des gens qui vous paraissent bonnes peuvent
être celles par qui la trahison peut venir. Bonne route jeune être !
Après ce discours qui n’avait pas eu le
temps de m’ennuyer mais qui m’avait laissé
pantois, il s’est levé brusquement du banc et est parti à grandes enjambées
hors de la place. J’ai eu juste le temps
d‘entendre la fin de ses paroles : "devrais déjà être arrivé…"
lundi 8 août 2016
Les mille pieds
Troisième épisode de ma série estivale.
Je suis descendu
à la station Denfert-Rochereau. Le nom me plaisait bien, il sonnait comme celui
d’un savoureux gâteau. J’ai suivi la foule. Des paires de pieds par centaines trépignants,
sautillants, traînants, devant moi, derrière moi, autour de moi. Je commençais
sérieusement à regretter d’avoir quitté la verrière. C’était un défilé qui n’en
finissait pas aux accords d’un violon égrenant un air frénétique. Au bout d’un long couloir, à la croisée des
chemins, les gens me bousculaient; ils ne me voyaient pas. Ils semblaient juste
obéir à un rythme qui leur aurait dit : en retard, vous êtes en retard (J’avais
déjà entendu cette parole quelque part). Je réfléchissais à tout ça tout en
hésitant sur la direction à prendre lorsque j’ai entendu une voix retentir au
milieu du brouhaha : « Vous ! Vous ! » Un homme vêtu
tout en noir et à la chevelure bicolore : noire du sommet jusqu’au milieu
de la tête et blanche en dessous pointait le doigt dans ma direction. Je le
scrutais pour essayer de voir l’humain qu’il essayait d’interpeller. Mes pattes
ont presque été piétinées pendant ce temps-là. Il a soudain à nouveau répété : « Vous !
Vous ! » J’ai jeté un coup d’œil en arrière, sur les côtés mais parmi
tous ces gens, ces mille pieds aucun ne semblait vraiment concerné. Je me suis
figé lorsque j’ai entendu soudain : « Oui, vous qui vous êtes arrêté
à la croisée des chemins, oui, vous jeune être, en proie au doute. »
J’étais
embarrassé alors j’ai levé la tête vers le plafond mais, à part quelques chewing-gums
qui y étaient collés, je n’arrivais pas à envisager que quelqu’un s’adresse à
moi. J’ai voulu lui répondre quelque chose mais les mots qui se bousculaient
dans mon esprit se sont pétrifiés. C’était la première fois que j’essayais de
parler à un humain et qu’un humain me remarquait et voulait communiquer avec
moi. Il n’a pas eu l’air d’être contrarié par mon silence. Je me suis rappelé
de ce que ma mère m’avait dit au sujet des humains ; ils peuvent
s’emporter pour un rien et nous pourchasser surtout les plus petits d’entre
eux. Fais attention à eux mine de rien.
Au contraire, celui-ci n’avait pas l’air de m’être hostile. Comme il a vu sans
doute que je ne bougeais pas et que je n’arrivais toujours pas à parler, il a
sorti un harmonica et a joué, ce qui lui a valu quelques pièces de monnaie, puis
il m’a dit : « Suivez-moi, on ne s’entend pas ici. » Il m’a fait
un signe de la main et je suis parti derrière lui.
dimanche 31 juillet 2016
Au-delà de la verrière
Deuxième épisode de ma série estivale.
Moi, Pie, à un certain moment, (je vous
rappelle que nous, les pigeons, n'avons pas la notion du temps), j’ai ressenti le besoin de
partir. Ce n’était pas le fait de mes parents qui ne m’ont jamais fait
comprendre que je devrais quitter la verrière familiale (contrairement aux
autres pigeons qui incitent leur progéniture à quitter leur nid dès qu’ils
peuvent se débrouiller). J’étais heureux avec eux. Une vie paisible sans
heurt.
Je crois que ça a commencé pendant
que je scrutais, à travers les panneaux de la verrière de la station Corvisart,
et le ciel et les arbres qui se trouvaient aux alentours. Le vent s’était
engouffré dans notre coursive grillagée ; il avait amené des drôles d’effluves
de ce que j’ai appris à reconnaître plus tard comme l’odeur de branches
mouillées. J’étais un peu perturbé. "Mine de rien, tu es toujours dans la lune" avait
remarqué un jour ma mère. Cette fois-ci, elle m’avait dit : « Tu es
vraiment dans la lune aujourd’hui. » Je suis sûr qu’au fond elle savait que je ne
tarderais pas à m’en aller. Ses yeux étaient particulièrement brillants ce soir-là
comme au bord des larmes ( je réfute l’idée
que les pigeons ne pleurent pas). Mon père a seulement roucoulé gravement. Le
lendemain, j’ai pris la première rame de
métro qui arrivait à la station et je me suis envolé pour la première fois hors
de chez nous. Je n’avais aucune idée où cela me mènerait. Je ne soupçonnais pas
encore les aventures qui m’attendaient. Un humain peut être en quête de quelque
chose ; je l’étais tout autant.
dimanche 24 juillet 2016
Janine, Janet, Debbie et Mumia: des histoires américaines
![]() |
| Peinture de Janet Africa publiée avec l'autorisation de Mme Guillaumaud-Pujol. |
« On peut juger du degré de civilisation d’une société
en entrant dans ses prisons. » Cette épigraphe extraite des Souvenirs de la maison des morts de
Dostoïevski et placée en tête d’un des chapitres du livre En direct du couloir de la mort de Mumia Abu-Jamal n’a cessé de me
hanter après sa lecture.
Ce dernier, journaliste, surnommé « voix des sans voix »,
y rend compte de la situation des prisonniers au cœur même de l’enfer du
couloir de la mort. Il y est, en effet, détenu suite à une condamnation à mort en
1982 pour le meurtre d’un policier blanc à Philadelphie qui fut commuée, en
2001, en prison à perpétuité, crime pour lequel il a toujours clamé son
innocence. J’ai fait la connaissance de l’histoire de cet homme dont le
principal combat serait de « penser, écrire, agir en toute liberté dans
ce monde », selon ses propres termes, grâce à Mme Claude Guillaumaud-Pujol
dont la biographie Mumia Abu-Jamal, un
homme dans le couloir de la mort retrace le parcours d’une manière
remarquable. Tout aussi marquant est son essai intitulé Prisons de femmes, Janine, Janet & Debbie, une histoire américaine.
L'auteur y dresse un tableau terrifiant de la situation pénitentiaire aux
États-Unis: en 2010, ce pays représentait 5% de la population mondiale, mais
25% de la population carcérale rappelle l'introduction. Le livre nous apprend
ensuite que le pourcentage de femmes noires en prison peut atteindre 10% dans
les prisons d'état. Janine, Janet et Debbie dont l'auteur évoque l'histoire
sont emblématiques de l'iniquité pouvant frapper cette partie de la population
américaine. Faisant partie du mouvement utopiste afro-américain Move fondé par
John Africa, qui dénonce les travers de la société de consommation et
revendique l'égalité pour tous, elles sont arrêtées pour avoir participé au
meurtre d'un policier blanc et condamnées en 1978 de trente à cent ans de
prison pour un crime qu'elles ont toujours nié avoir commis. Leur demande de libération conditionnelle a été rejetée cette année et elles devront attendre deux ans pour un nouvel examen de leur requête.
Mme Guillaumaud-Pujol, universitaire spécialiste des États-Unis,
réussit à donner à ces froides statistiques une incarnation humaine à travers
le récit des vies de ces quatre prisonniers américains auxquels elle a consacré
ses études et pour la libération desquels elle continue de militer au sein du
Collectif Libérons Mumia Abu-Jamal. Ses livres sont de véritables plaidoyers
pour une réforme des systèmes judiciaire et carcéral aux États-Unis.
![]() |
| Janet, Janine, Debbie, Claude Guillaumaud-Pujol, des amis et des membres du Collectif. |
dimanche 17 juillet 2016
De mon toit
J'entame une série estivale sur un personnage qui avait fait son apparition dans ma vie il y a trois ans à l'occasion d'un scénario de micro-métrage que j'avais rédigé pour un atelier cinéma. Voici ce qu'il a à vous dire.
Le jour se lève. Une brume légère recouvre tous les bâtiments. Seuls émergent
les bulbes meringués du Sacré-Cœur, l’Arc de Triomphe qui rayonne comme un
astre et les arabesques bleues du Centre Pompidou. Ce panorama se déploie
devant moi du toit de mon immeuble de l’avenue Georges Bernanos. J’aime
toujours commencer ma journée en observant ma ville, Paris. J’y suis né, j’y
vis, j’y mourrais. Enfin, j’espère que la dernière hypothèse ne se réalisera
que dans un futur le plus lointain possible. Il faut dire que je suis encore
jeune, enfin je crois bien, parce que je ne connais pas mon âge. Mais j’ai
encore mes parents ce qui tendrait à prouver que je ne suis pas si vieux que ça
non plus. Quand je descendrai dans la rue tout à l’heure, je demanderai
peut-être aux autres quel âge ils me donnent. Si ça se passe comme d’habitude,
je pense qu’ils n’auront pas le temps de m’écouter. Le plus souvent, ils sont
trop occupés à picorer ou à se précipiter sur de la nourriture dès que l’un d’eux
en a trouvé. Je devrais peut-être poser directement la question à mes parents
qui nichent dans la verrière de la station de métro Corvisart. Ils y habitent
depuis très longtemps. Mais je ne sais pas exactement depuis quand ; on
n’a pas vraiment la notion du temps dans la famille.
Il faut juste qu’ils ne soient pas partis rejoindre leurs amis qui
nichent sur le rebord d’un des immeubles en face de la prison de la santé ;
ils y vont une fois par semaine. Un passant, pas trop pressé, en levant la
tête, pourrait voir une rangée de pigeons gris et noir, hirsutes, serrés les
uns contre les autres. Ils se racontent sans doute des histoires de leur pays
natal. Parce que je suis né à Paris mais mes parents sont nés ailleurs. Ils ont
longtemps voyagé avant d’arriver ici, traversé une mer, erré à travers quelques
villes et, dans l’une d’elles, se sont rencontrés pour ne plus se quitter. Ils n’ont
pas une très bonne mémoire des noms de lieux. Ils ne leur reste le plus souvent
que des souvenirs physiques : leurs ailes endolories, leurs gosiers
asséchés, leurs cous meurtris par la grêle, à la fin du vol le plus long de
leur vie. Leurs plumes frissonnent et leurs becs s’entrechoquent encore
lorsqu’ils m’en parlent. Je peux leur parler à mes parents. Je veux dire je
peux vraiment leur parler. Je peux leur parler comme vous, et par vous,
j’entends les humains. Mes parents m’ont dit qu’ils avaient appris ce langage chez
une vieille dame qui les avait recueillis. Mais ils m’ont avoué que cela leur
avait causé, mine de rien, bien des soucis. Ils me l’ont quand même enseigné
parce qu’ils pensaient que cela pourrait peut-être me servir plus tard mais
j’avais intérêt à ne pas trop l’ébruiter auprès de mes congénères qui
pourraient en être jaloux. Je crois qu’ils avaient eux-mêmes trop
soufferts de cette connaissance. Enfin, surtout ma mère qui avait soif
d’éducation ; mon père s’en servait surtout pour obtenir de la nourriture
de la part des humains. Il réussissait à nous ramener une variété de mets
incroyable. Pas qu’une sorte de pain, des biscuits, des biscottes mais aussi des
pâtisseries. C’est là que je me suis rendu compte de mes préférences
alimentaires. Les gâteaux. Des miettes d’éclair, de mille-feuille, de tarte aux
poires ou aux pommes, de baba, de pain d’épices, de moelleux au chocolat. J’étais
ce que les humains appellent un bec sucré. Mes parents m’ont appelé Pie parce
que, selon eux, prononcé en français, c’est un diminutif de pigeon et, pour
ceux qui connaissent l’anglais, ça désigne un gâteau ou une tourte.
Inscription à :
Articles (Atom)





